Paroisse de Bonnefontaine et son église

Commencés le 20 mars 1893, les travaux de construc­tion de l'église de Bonnefontaine furent poursuivis si activement, qu'au 8 décembre suivant, on prenait pos­session du vénéré sanctuaire.

La cérémonie fut grandiose et touchante. A 7.30 heures, le Saint-Sacrement était transporté dans la nouvelle église, par M. le Directeur de Sonnewyl, et accompa­gné par tous les élèves de la Ferme-école. L'arrivée du Roi du ciel à Bonnefontaine fut saluée par le son des cloches et les détonations des mortiers. Les communions furent nombreuses: tous les pieux fidèles voulaient prouver à Notre Seigneur leur joie de sa présence désormais assurée au milieu d'eux. Des cantiques à l'Eucharistie furent chantés pendant la com­munion générale. C'était bien Jésus, le Dieu d'amour et de bonté qui venait prendre possession des coeurs et de son nouveau sanctuaire.

A 9 heures le saint sacrifice fut célébré avec toute la grandeur que réclamait cette première messe et la solen­nité de ce grand jour. Le sermon de circonstance fut prononcé par M. le chanoine de Weck, secrétaire de Monseigneur l'évêque du diocèse. Il restait à fêter d'une manière particulière la patronne de la nouvelle paroisse, la Vierge Immaculée, Notre ­Dame-de-Lourdres.

Une belle statue de la Vierge de Massabielle avait été achetée à Lourdres même, une année auparavant, grâce à la piété généreuse d'une Enfant de Marie de Praroman. Cette statue de grandeur naturelle repo­sait sur l'autel de la Vierge, attendant l'heure bénie où l'on pourrait la transporter dans le sanctuaire érigé à Bonnefontaine en l'honneur de l'auguste Mère de Dieu. Le jour de l'Immaculée Conception, à 1 heure, toute la paroisse se trouvait réunie à l'église de Praroman.

Comment peindre les sentiments divers qui, en ce moment, animaient tous les coeurs? Les paroissiens de Praroman voyaient avec une indi­cible tristesse s'éloigner la magnifique statue dont la vue leur avait tant de fois rappelé les bontés de Marie. Par contre les fidèles de Bonnefontaine étaient dans la jubilation en recevant ce précieux dépôt.

Le cortège se forme. En tête de la paroisse se trou­vaient une vingtaine de petits garçons, avec des bras­sards blancs et portant des oriflammes. Ils étaient heu­reux de se croire les soldats de Jésus et de Marie. Venaient ensuite les petites filles en écharpe blanches, avec des couronnes, symbole de leur innocence, et les enfants de Marie de Praroman. Enfin la statue de la Vierge, portée en triomphe par les jeunes gens de la nouvelle paroisse. Ces divers groupes étaient suivis des chantres, du clergé et d'une foule considérable accourue à cette fête de la foi chrétienne. La récitation du chapelet alternait avec le chant des cantiques.

En entrant dans l'église de Bonnefontaine, le choeur entonna le Magnificat, et M. de Weck, prenant encore la parole, adresse à l'immense auditoire une allocution, aussi éloquente que celle du matin. Parlant de Notre Dame-de-Lourdes et s'inspirant du mot Bonnefontaine, il montre en Marie la fontaine bonne, limpide et salu­taire. Puis, au milieu de l'allégresse générale, on chanta le Te Deum. C'était bien là, on peut le dire, le chant triomphal, le cantique de l'amour et de la reconnais­sance. Tous les coeurs étaient émus; on vit beaucoup de personnes verser en ce moment de bien douces lar­mes, larmes d'espérance et larmes du souvenir!

Le 7 février 1894, à 10 h. du matin, une foule com­pacte et recueillie remplissait la nef de l'église de Bon­nefontaine. Pendant le saint sacrifice de la messe célébré par M. le Directeur Biolley, le jeune choeur de la nouvelle paroisse exécuta, avec beaucoup de préci­sion, quelques-uns de ses plus beaux morceaux. Une magnifique procession s'organisa ensuite pour se rendre à un kilomètre de distance, à l'endroit même où jaillit la source. Voici d'abord la croix pastorale suivie des gar­çons du catéchisme avec une profusion d'oriflammes aux couleurs variées. C'est ensuite la bannière de la Vierge Immaculée que les petites filles escortent un cierge à la main. Figurez-vous maintenant un groupe délicieux composé de dix ravissantes fillettes, une grande écharpe en sautoir et une couronne fleurie sur la tête. Elles précédent la statue de Notre-Dame-de-­Lourdes portée triomphalement par des Enfants de Marie vêtues de blanc. Les R. P. de Saint François-de-Sâles et le clergé pa­roissial s'empressent à la suite, pendant que les chantres jettent aux quatre vents du ciel les notes joyeuses des cantiques. Eux aussi se font gloire de servir Marie. La rosette blanche et bleue qui orne leur boutonnière, le proclame comme leurs chants.Une longue file de pieux fidèles des deux sexes s'avance ensuite avec beaucoup d'ordre, en récitant le cha­pelet. Tout cet ensemble offre le plus délicieux des coups d'oeil: les couleurs éclatantes des drapeaux, la blan­cheur de neige des costumes, les surplis des prêtres, se détachent si harmonieusement sur la teinte encore indé­cise des campagnes et le vert foncé des sapins.

A l'endroit désigné, où une croix garnie de mousse et de fleurs avait été dressée, non loin d'un petit autel, le Père Messelot procéda lui-même à la bénédiction de la source.

De retour au sanctuaire, l'autel que des mains habiles avaient orné avec un goût exquis, était brillamment illumi­né. Monté en chaire, le Père Messelot se demande s'il n'est pas le jouet d'un rêve, en voyant ces murs élevés si rapidement et ces voûtes si tôt arrondies. Non, le bon Père ne se trompe pas, la statue de Marie qu'il a sous les yeux est bien celle aux pieds de laquelle il aimait s'agenouiller, il y a un peu plus d'un an, dans l'église paroissiale de Praroman. Il en félicite chaudement la brave population de Bonnefontaine et tous les bienfai­teurs, dont chacune des pierres du nouvel édifice pro­clame avec éclat la piété envers l'auguste Reine des cieux. Le révérend Père exprime ensuite le voeux que la Sainte Vierge fasse de ce sanctuaire son Lourdes du canton de Fribourg.

Ami de la musique, depuis de longues années à la tête de la Cécilienne de la rive droite de la Sarine, M. le Directeur Biolley ne devait pas laisser l'église de Bon­nefontaine sans la doter d'un orgue, ce complément obligé de nos fêtes chrétiennes. L'instrument acquis par la nouvelle paroisse était sorti des mains mêmes du célèbre Aloys Mooser. Ses modes­tes proportions ne permettent pas d'en sortir des effets puissants, mais c'est un bon orgue d'accompagnement, aux accords graves et doux. M. Sidler, appelé pour l'expertise, sut en tirer toutes les ressources que font surgir son incomparable talent

Un autre artiste, à la fois musicien et Créateur, M. Gau­thier devait, devant un auditoire toujours nombreux à Bonnefontaine, développer une thèse savante sur les rapports qui unissent la créature au créateur. Puis, avec un doigté brillant, il a célébré les harmonies d'ici bas, prélude des harmonies célestes.

Cette nouvelle fête se célébrait le ter juillet 1894.

On approchait du jour où, brillante de jeunesse, belle comme une épousée, l'église de Bonnefontaine allait recevoir sa consécration définitive. C'était le 7 octobre 1894, en la fête du Rosaire et au jour anniversaire de la victoire de Lépante.

Une année et demie seulement s'était écoulée depuis le commencement des travaux, et déjà Mgr Deruaz, l'Evêque du diocèse de Lausanne et Genève, procédait solennellement à la consécration du nouveau sanctuaire élevé à la gloire de Dieu et à l'honneur de la Vierge Immaculée. Combien l'auguste Pontife qui, dès le prin­cipe, s'était montré si favorable à l'oeuvre de Bonnefon­taine, ne dut-il pas être consolé, en imprimant sur les murs de l'édifice, le sceau des onctions liturgiques! Le sermon de circonstance fut prononcé par M. le chanoine de St-Léger, le jeune et éloquent apôtre que la maladie allait bientôt terrasser et la mort faucher avant l'heure propice aux moissons fécondes.

Au banquet, M. Duriaux, au nom des autorités com­munales et paroissiales, porta le toast à Sa Grandeur: « Bonnefontaine, dit-il, n'était, avant l'érection du nou­veau sanctuaire et du pèlerinage qui y est attaché, qu'un humble hameau perdu et ignoré au pied de nos vertes collines. Mais avec la construction de l'église, le renouveau, la vie ont surgi de toutes parts. L'amour du travail s'est développé, la vie religieuse, favorisée par l'ardeur et le zèle de l'apôtre envoyé au milieu de nous, a remplacé les abus trop nombreux d'autrefois. »

Ces paroles ont vivement touché le cceur du vénéré Pontife qui, dans l'effusion de ses sentiments paternels, manifesta sa joie pour les résultats obtenus et sa con­fiance dans les effets durables à attendre de la fondation d'une église à Bonnefontaine.

Il appartenait à M. le curé de Praroman de parler au nom de la paroisse mère, et de développer les conclu­sions pratiques à tirer de l'évènement du jour. S'adres­sant à l'évêque consécrateur: «Monseigneur, dit-il, vous avez béni aujourd'hui une filiale de ma paroisse; je fais un voeux: c'est que le Ciel prolonge assez les jours de Votre Grandeur, pour lui donner la consolation et la joie.

L'édification d'une seconde filiale, la future paroisse qui se composerait des trois communes du sud: Oberried, Zénauva et Montrévaz. L'emplacement de l'église est tout indiqué, à quelques mètres de l'école de Zénauva. ». On applaudit à ce voeux désintéressé de l'intelligent curé qui, non seulement ne fit aucune opposition à l'é­rection de la nouvelle paroisse, mais bien plus, la favo­risa de tout son pouvoir. On raconte à ce sujet un trait charmant, dont les heureux témoins vivent encore, pour la plupart: lorsque les préposés des communes de Bon­nefontaine et de Montécu se présentèrent chez M. Cas­tella, pour lui exposer leurs vues au sujet de la sépara­tion, le malin curé ne dit rien tout d'abord; mais pas­sant dans une antichambre, il en revint bientôt, portant sur un plateau, un billet de 500 francs qu'il remit aux délégués avec ces paroles : voici ma réponse! C'était aussi spirituel qu'éloquent.

On ne saurait assez louer le zèle désintéressé du curé de Praroman. Ses bienveillants conseils, sa prévoyance et sa direction ont puissamment secondé la juvénile ar­deur de M. le Directeur Biolley. Ces deux hommes, qui se complétaient si bien, ont réalisé en peu de temps une grande oeuvre, sérieuse et durable. C'est ce que Monseigneur s'est plu à constater dans les éloges don­nés à la paroisse et à ses guides si méritants.

Bonnefontaine avait désormais son église, simple, co­quette, gentille, comme il convient à un paysage alpes­tre et à une population rurale. Pendant quatre années encore, M. le Directeur de Sonnewyl desservira avec un zèle et un désintéressement admirables la jeune paroisse qui continue à prospérer. Mais, à côté de l'é­glise il fallait la demeure curiale. M. l'abbé Biolley, n'écoutant que son dévouement, pouvait, dans l'ardeur d'une jeunesse prompte à se dépenser, mener de front l'oeuvre de Sonnewyl et celle de Bonnefontaine. Cepen­dant, il arriverait un jour où, succombant sous l'effort, il aurait été amené à abandonner l'une ou l'autre de ses fonc­tions. C'est ce qu'il comprit lui-même, en favorisant de tout son pouvoir la fondation de la cure et la dotation du bénéfice.

Dès que cette ceuvre fut consolidée et que la paroisse fut en mesure d'avoir son curé à domicile, il n'y aurait eu qu'une voix pour réclamer, à titre définitif, le vaillant apôtre auquel Bonnefontaine était, pour une si large part, redevable de sa situation privilégiée. D'un autre côté, s'il n'eut écouté que son coeur, M. Biolley serait volontiers resté au milieu de cette population aussi re­ligieuse que sympathique.

Mais l'oeuvre fondée à Sonnewyl, au prix de tant de labeurs et de généreux sacrifices, ne pouvait être abandonnée à des mains étrangères. Aussi, toujours en vue du bien général, M. l'abbé Biolley fit abandon d'une paroisse qui lui était bien chère, pour se consacrer pen­dant deux années encore à la direction de l'École de Sonnewyl. Ceci jusqu'en 1900, où l'établissement fondé au pied du Cousimberg fut transféré à Grangeneuve-Hau­terive, sur les domaines de l'Etat, et décrété par le Grand Conseil : Ecole cantonale d'agriculture.

C'est donc en décembre 1898, que Bonnefontaine re­çut son premier curé nommé officiellement dans la per­sonne de M. Krattinger, ancien curé de Bellegarde. Une note parue à cette époque dans la Liberté fait ressortir à la fois l'accueil empressé fait au nouveau pas­teur et l'éternelle reconnaissance envers celui qui fut, tant par sa famille que par son dévouement personnel, le vrai fondateur de la jeune paroisse.

En effet, parmi les bienfaiteurs de Bonnefontoine, il convient de citer en premier lieu M. Jean Biolley, le père du sympathique syndic de Treyvaux et l'oncle même de M. le Directeur de Sonnewyl. Par la cession en faveur de Bonnefontaine d'une propriété revendue plus tard 12'000 francs, M. Jean Biolley constitua l'important noyau de la nouvelle fondation.

Nous voulons aussi rappeler l'activité et le dévoue­ment de M. le syndic Duriaux et de sa vaillante épouse. Il fut le bras droit de M. le Directeur de Sonnewyl, l'homme généreux qui céda gratuitement tout le terrain éxigé pour la construction de l'église et du cimetière. Citons encore M. Jacques Biolley, le frère aîné de M. le Directeur de Sonnewyl, qui fournit les tuiles néces­saires à la couverture de l'église, M. Nicolas Égger, qui livra la molasse de sa carrière, tandis que son frère, M. Faustin Egger fournissait le sable et le gravier nécessaires aux nouvelles constructions.

Nous ne saurions oublier M. le conseiller communal Antoine Clerc, bienfaiteur du bénéfice curial. Il fut, avec un autre conseiller, M. François Kiinig, un des hommes qui ont déployé le plus d'activité dans l'oeuvre de Bon­nefontaine. Hâtons-nous de nommer encore M. Eugène Piller, conseiller communal. Donnons aussi un juste tribut de reconnaissance aux Soeurs de Menzingen connues, non seulement pour leur enseignement, mais encore pour l'entrain qu'elles savent apporter à toutes les fêtes qui intéressent la vie de Bon­nefontaine. C'est grâce à leurs concours et à leurs con­naissances musicales et artistiques, que les cérémonies religieuses de la jeune paroisse ont souvent surpassé en éclat celles de bien d'autres paroisses plus favorisées sous d'autres rapports.

Nous aimerions encore rappeler les services présents d'un homme bien jeune à l'époque de la fondation de la nouvelle paroisse, mais qui aujourd'hui, à la tête de la commune de Bonnefontaine, continue l'oeuvre si bien commencée par les vétérans. Nous avons nommé M. le syndic Maxime Piller. C'est lui qui, sur notre demande, a bien voulu nous fournir la liste des principaux bienfai­teurs de l'oeuvre de Bonnefontaine. Qu'il reçoive ici tous nos remerciements pour sa précieuse collaboration !

Telle est donc l'oeuvre grande, joyeuse et féconde à laquelle nous avons été heureux de consacrer cette courte notice. Nous avons cru devoir, en vertu des souvenirs qui nous rattachent à la population si sympathique de Bonnefontaine et de Praroman, réunir en brochure les articles empruntés, pour la plupart, à la Liberté de Fri­bourg et plus spécialement au Fribourgeois de Bulle. Si nous n'avons pu réaliser notre idéal, du moins notre bonne volonté nous servira d'excuse auprès de nos lec­teurs, sur la bienveillance desquels nous voulons compter.

15

novembre 2019

Couleur liturgique du jour : vert.